On résume souvent 400 ans d'histoire ottomane à une occupation. La réalité est bien plus complexe et plus riche.
1. "Qawm Najib" : Le peuple noble
Dans la correspondance officielle, les Arabes n'étaient pas désignés comme de simples sujets. Le terme `Qawm-i Necib` (Peuple Noble) leur était réservé. Pourquoi ? Par révérence pour leur lien avec la langue du Coran et la lignée du Prophète Muhammad (SAW). L'institution du `Naqib al-Ashraf` à Istanbul était chargée de recenser et protéger les descendants du Prophète.
2. "Sham Sharif" : Damas la Noble
Damas n'était pas une province comme les autres. Elle était `al-Sham al-Sharif`. Ville des compagnons, porte du Hajj, son statut était si sacré que les pèlerins manifestaient un respect immense en y entrant. C'était le cœur spirituel de l'Empire après La Mecque et Médine.
3. Le respect de Médine
On raconte que le Sultan Abdul Hamid II, par amour pour la ville du Prophète, refusait de signer tout document venant de Médine sans être en état d'ablution (wudu). Que l'anecdote soit littéralement vraie ou symbolique, elle illustre la doctrine officielle : le Sultan n'était que `Khadim al-Haramayn` - Serviteur des Deux Saintes Mosquées.
4. Le balai de la Kaaba
Lorsque le Sultan Selim Ier prit le titre de Calife en 1517, il reçut les clés et le balai de la Kaaba. Par humilité, il le porta sur son turban au lieu d'une couronne. C'est de ce geste qu'est née la tradition de la plume (sorguç) ornant le turban des sultans.
5. Le chemin de fer du Hedjaz
Ce n'était pas qu'un train. C'était le rêve d'une Oumma connectée. Voulu par Abdul Hamid II, financé par des dons de musulmans du monde entier, du Maroc à l'Indonésie, il devait relier Istanbul à Médine et à La Mecque pour sécuriser le Hajj et unir l'Empire face aux puissances coloniales.
6. Une administration arabo-ottomane
Loin du cliché d'une administration 100% turque, les Arabes occupaient les plus hautes fonctions : Grands Vizirs, Cheikhs al-Islam, gouverneurs, cadis. Les oulémas d'Al-Azhar, de Damas et de Bagdad formaient l'épine dorsale intellectuelle de l'État.
7. La rupture de 1909
La véritable rupture ne date pas de 1517, mais de 1909. Après la destitution d'Abdul Hamid II, le Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs) impose une politique de nationalisme turc extrême : turquification de l'administration, marginalisation des élites arabes. C'est cette politique qui creusera le fossé et précipitera la chute.
L'histoire ottomane est notre histoire commune à tous les musulmans.Elle ne fut ni un âge d'or parfait, ni une sombre oppression. Elle fut 400 ans de civilisation partagée.
Source principale citée : Dr Ali al-Sallabi, L'État Ottoman.