jeudi 10 septembre 2026

L'EMPIRE OTTOMAN ET LES ARABES : 7 FAITS MÉCONNUS


On résume souvent 400 ans d'histoire ottomane à une occupation. La réalité est bien plus complexe et plus riche.
1. "Qawm Najib" : Le peuple noble
Dans la correspondance officielle, les Arabes n'étaient pas désignés comme de simples sujets. Le terme `Qawm-i Necib` (Peuple Noble) leur était réservé. Pourquoi ? Par révérence pour leur lien avec la langue du Coran et la lignée du Prophète Muhammad (SAW). L'institution du `Naqib al-Ashraf` à Istanbul était chargée de recenser et protéger les descendants du Prophète.
2. "Sham Sharif" : Damas la Noble
Damas n'était pas une province comme les autres. Elle était `al-Sham al-Sharif`. Ville des compagnons, porte du Hajj, son statut était si sacré que les pèlerins manifestaient un respect immense en y entrant. C'était le cœur spirituel de l'Empire après La Mecque et Médine.
3. Le respect de Médine
On raconte que le Sultan Abdul Hamid II, par amour pour la ville du Prophète, refusait de signer tout document venant de Médine sans être en état d'ablution (wudu). Que l'anecdote soit littéralement vraie ou symbolique, elle illustre la doctrine officielle : le Sultan n'était que `Khadim al-Haramayn` - Serviteur des Deux Saintes Mosquées.
4. Le balai de la Kaaba
Lorsque le Sultan Selim Ier prit le titre de Calife en 1517, il reçut les clés et le balai de la Kaaba. Par humilité, il le porta sur son turban au lieu d'une couronne. C'est de ce geste qu'est née la tradition de la plume (sorguç) ornant le turban des sultans.
5. Le chemin de fer du Hedjaz
Ce n'était pas qu'un train. C'était le rêve d'une Oumma connectée. Voulu par Abdul Hamid II, financé par des dons de musulmans du monde entier, du Maroc à l'Indonésie, il devait relier Istanbul à Médine et à La Mecque pour sécuriser le Hajj et unir l'Empire face aux puissances coloniales.
6. Une administration arabo-ottomane
Loin du cliché d'une administration 100% turque, les Arabes occupaient les plus hautes fonctions : Grands Vizirs, Cheikhs al-Islam, gouverneurs, cadis. Les oulémas d'Al-Azhar, de Damas et de Bagdad formaient l'épine dorsale intellectuelle de l'État.
7. La rupture de 1909
La véritable rupture ne date pas de 1517, mais de 1909. Après la destitution d'Abdul Hamid II, le Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs) impose une politique de nationalisme turc extrême : turquification de l'administration, marginalisation des élites arabes. C'est cette politique qui creusera le fossé et précipitera la chute.
L'histoire ottomane est notre histoire commune à tous les musulmans.Elle ne fut ni un âge d'or parfait, ni une sombre oppression. Elle fut 400 ans de civilisation partagée.
Source principale citée : Dr Ali al-Sallabi, L'État Ottoman.

mercredi 9 septembre 2026

Connaissez vous Souleymane al Halabi ?

Le général Jacques-François Menou, converti à l’islam sous le nom d’Abdallah Menou, épousa en Égypte Zobeyda, une Égyptienne musulmane. De cette union naquit un fils, auquel il donna les prénoms Souleiman Mourad Jacques Menou.

À l’occasion de cette naissance, les membres du Diwan du Caire adressèrent une lettre de félicitations à Menou. Celui-ci leur répondit :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Allah seul est Dieu et Muhammad est son Prophète. De la part d’Abdallah Menou, général en chef de l’armée d’Orient de la République française, aux cheikhs et ulémas, membres du Divan du Caire. Je vous remercie pour les félicitations que vous m’avez adressées à l’occasion de la naissance de mon fils Soliman Mourad Jacques Menou. Je prie Dieu et je vous demande de L’implorer avec moi par l’intercession de Son Envoyé, le Prophète des prophètes, de le conserver longtemps. Puisse-t-il aimer toujours la vérité, demeurer fidèle à sa parole et se garder de toute ambition. Ces vertus sont la meilleure richesse que je souhaite pour mon fils. »

Un détail est particulièrement intéressant : pourquoi Menou choisit-il le prénom Souleiman ?
Avant Menou, le commandement de l’armée française en Égypte était passé de Bonaparte au général Kléber. Or Menou et Kléber entretenaient une profonde inimitié et s’opposaient sur la conduite de l’expédition. Le 14 juin 1800, Kléber fut assassiné au Caire par un jeune homme nommé Souleiman al-Halabi. C’est à la suite de cet assassinat que Menou succéda à Kléber et devint général en chef de l’armée d’Orient.
Peu après, Menou donna donc à son propre fils le prénom Souleiman, exactement celui que portait l’assassin de son ancien adversaire.


Il serait bon de rappeler qui est Souleymane al Halabi qui n’a tué Kléber que pour venger les oulémas d’Al Azhar. Ces derniers ont fait une marche de protestation pour dénoncer l’état lamentable dans lequel le peuple du Caire avait été réduit. Les ulémas contestataires ont été mal traités, humiliés…
Souleymane et quelques compagnons à lui on juré de réparer l’offense faite à leurs maîtres, réparation qui s’est soldé par l’exécution de Kléber par les mains de Souleymane.
Ce dernier sera exécuté d’une façon horrible décrite ainsi par un auteur français :

« L'homme fut condamné, par le conseil de guerre français, à avoir les poings brûlés puis à être empalé vif. Le bourreau Barthélemy coucha Soliman sur le ventre, tira un couteau de sa poche, lui fit au fondement une large incision, en approcha le bout de son pal et l'enfonça à coups de maillet. Puis il lia les bras et les jambes du patient, l'éleva en l'air et fixa le pal dans un trou préparé. Soliman vécut encore durant quatre heures, et il eût vécu plus si, durant l'absence de Barthélemy un soldat ne lui eut donné à boire : à l'instant même il expira. »
Source : Wikipedia 

Ps: Souleymane durant son supplice n’a pas émis le moindre gémissement, ce qui a influencé la conversion de Menou ébahi par l’ardeur de la foi de Souleymane qui lui a donné la force et le courage pour subir le supplice sans donner du plaisir à ses ennemis en voyant ses souffrances.
(Horreurs et crimes des guerres coloniales)